Jusqu'où va la liberté pédagogique d'un enseignant ?
Les enseignants sont-ils libres de leurs méthodes ? Dans le n°16 d'Innovation en Éducation, un état des lieux retrace l'histoire de cette liberté et les débats qu'elle suscite encore.
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi)
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La liberté pédagogique n'est pas la liberté de faire ce que l'on veut : c'est celle de choisir ses méthodes pour atteindre des objectifs fixés par ailleurs. Elle existe bel et bien, elle est inscrite dans la loi depuis 2005, et pourtant beaucoup d'enseignants hésitent à s'en saisir. Le n°16 d'Innovation en Éducation, consacré à ce thème, ouvre sur un état des lieux qui explique pourquoi cette notion fait couler tant d'encre.
Pour les enseignants du premier degré qui ont exercé un autre métier avant celui-ci, elle est souvent une surprise. Pour les parents, elle reste largement inconnue, alors qu'elle touche de près ce qui se passe dans la classe de leurs enfants.
D'où vient cette liberté ?
L'article remonte à 1833. François Guizot, alors ministre de l'Instruction publique, impose des manuels officiels uniques pour « répandre le même savoir de la même manière » dans toutes les écoles. En 1879, le pédagogue Ferdinand Buisson alerte le ministre Jules Ferry sur les inconvénients de cette contrainte, et Ferry le suit. La liberté pédagogique se construit alors sur trois libertés : celle des éditeurs de publier, celle des équipes de choisir leurs manuels, celle des enseignants de les utiliser ou non.
Il faut ensuite attendre la loi Fillon de 2005 pour qu'elle soit officiellement définie, dans une formule qui précise son cadre.
« La liberté pédagogique de l'enseignant s'exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l'éducation nationale […] avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d'inspection »
Une liberté encadrée est-elle encore une liberté ?
La question se pose d'elle-même, et le magazine la pose à travers Philippe Meirieu, chercheur en sciences de l'éducation et de la pédagogie. Il s'étonne que le même corps d'inspection soit à la fois conseiller et contrôleur : peut-on être à la fois entraîneur et arbitre ? L'entraîneur est un « compagnon critique », rappelle-t-il, alors que l'arbitre distribue des cartons rouges.
L'article ne tranche pas pour autant en faveur d'une liberté sans limites. Il cite Eirick Prairat, professeur de philosophie de l'éducation à l'Université de Lorraine, pour qui la liberté pédagogique n'est pas la licence de faire ce que l'on veut, quand on veut. Un enseignant est libre de ses choix didactiques, à condition qu'ils correspondent à l'état des connaissances et au niveau des élèves.
Faut-il appliquer les « bonnes pratiques » venues d'en haut ?
C'est le point qui cristallise le débat depuis plusieurs années. En 2018, le ministre Jean-Michel Blanquer publie un guide fondé sur l'état de la recherche pour enseigner la lecture et l'écriture au CP. Beaucoup d'enseignants y voient une entorse à leur liberté. D'autres y voient un appui.
Le magazine donne la parole aux deux sensibilités. Selon Eirick Prairat, toutes les pratiques ne se valent pas, et celles que l'on dit bonnes partagent trois points communs : elles sont efficaces, justes et partageables. Y recourir relèverait alors de la responsabilité plutôt que du renoncement. À l'inverse, Philippe Meirieu rappelle que la pédagogie ne peut pas se réduire à ce qui est quantifiable et comparable, ni faire des enseignants de simples exécutants.
« La liberté pédagogique relève de l'improvisation raisonnée. »
Pourquoi l'égalité complique-t-elle les choses ?
L'école française promet la réussite pour tous, et le principe d'égalité devant le service public est un pilier. Uniformiser les méthodes est alors une tentation permanente. Seulement, les classes sont de plus en plus hétérogènes, et ce que l'on gagne en uniformité se perd parfois en adaptation à chaque élève. L'article ne juge pas cette tension : il la décrit comme un dilemme que tout le système éducatif porte.
Pourquoi en parler aujourd'hui ?
Parce que le métier d'enseignant attire moins et fatigue davantage. Le magazine défend une idée simple : la liberté pédagogique contribue à l'attractivité du métier, et les enseignants qui s'en sont emparés disent avoir retrouvé le plaisir d'enseigner et de voir leurs élèves progresser. Les parents en bénéficient à leur tour, puisqu'un enseignant épanoui enseigne mieux.
Le numéro prolonge cette réflexion avec des témoignages, des conseils pratiques et un point sur la liberté d'instruction, celle des parents de choisir le mode de scolarité de leur enfant.
Questions fréquentes
La liberté pédagogique est-elle inscrite dans la loi ?
Oui, depuis la loi d'orientation de 2005, dite loi Fillon. Elle s'exerce dans le respect des programmes et des instructions officielles, dans le cadre du projet d'école ou d'établissement, avec le conseil et le contrôle des inspecteurs.
Un enseignant peut-il choisir n'importe quelle méthode ?
Non. Selon Eirick Prairat, cité par le magazine, la liberté pédagogique n'est pas la licence de faire ce que l'on veut. Les choix de l'enseignant doivent correspondre à l'état actuel des connaissances et au niveau de ses élèves.
Les parents sont-ils concernés ?
Directement : une classe où l'enseignant ajuste ses méthodes à ses élèves profite à chacun d'eux, et le numéro consacre aussi plusieurs pages aux libertés dont disposent les familles.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'histoire de la liberté pédagogique, de la loi Guizot de 1833 à la loi Fillon de 2005, avec les chiffres qui l'accompagnent.
- Le débat sur les bonnes pratiques et le guide publié pour le CP en 2018, avec les arguments de chaque camp.
- Les propos de Philippe Meirieu sur l'inspection, l'égalité et la standardisation.
- La définition de la liberté pédagogique que propose Philippe Meirieu, dans un encadré.
