La pression scolaire est-elle un mal nécessaire pour réussir ?
« On n'a rien sans rien. » Et si l'on pouvait réussir sans souffrir ? Dans le n°32, la psychologue Isabelle Pailleau explique ce qu'est vraiment la pression scolaire, et comment les adultes peuvent aider les jeunes à s'en dégager.
Tiré du magazine · n°32Mal-être à l'école : des solutions existent !
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Selon la psychologue Isabelle Pailleau, la pression n'est pas un passage obligé pour réussir : elle fatigue les jeunes, les familles et les enseignants, sans qu'elle fasse apprendre mieux : le cerveau apprend plus volontiers lorsqu'il se sent en sécurité. Ce qui aide, ce n'est pas de renoncer à l'exigence, mais de remplacer la pression subie par un défi ajusté, choisi et accompagné.
Isabelle Pailleau est psychologue clinicienne du travail et des apprentissages, thérapeute en systémie et dirigeante de La Fabrique à Bonheurs, un organisme de formation en psychopédagogie positive. Elle est l'autrice de plusieurs ouvrages, dont J'élève mon enfant du mieux que je peux et c'est déjà bien. Dans le n°32 d'Innovation en Éducation, elle s'adresse aux parents et aux enseignants.
La pression scolaire, de quoi parle-t-on vraiment ?
L'autrice la décrit d'abord comme un ressenti interne plus que comme une charge de travail : elle ne se résume ni aux devoirs, ni aux évaluations, ni au niveau d'exigence. Elle s'installe quand l'erreur devient menaçante et que réussir prend le pas sur apprendre.
« La pression scolaire […] est avant tout un ressenti interne, une tension psychique qui naît lorsque l'enfant ou l'adolescent a le sentiment que sa valeur dépend de sa réussite scolaire. »
Son exemple le plus parlant : des parents fiers d'une moyenne de 17 sur 20, et qui ne comprennent pas pourquoi leur enfant est si anxieux dès le dimanche soir. Ils sont sincèrement surpris de découvrir que les performances scolaires et le bien-être ne vont pas forcément de pair.
D'où vient-elle, et pourquoi la dit-on « normale » ?
Elle reflète, selon l'autrice, une époque marquée par l'incertitude et la compétition. Beaucoup de parents, animés des meilleures intentions, projettent leurs inquiétudes sur le parcours de leur enfant. S'y ajoutent l'évaluation permanente et la comparaison renforcée par le numérique. Les enseignants, eux aussi, subissent des pressions, et l'article note qu'une envie de bien faire peut devenir une source de pression mutuelle.
Un peu de stress, est-ce que ça motive ?
C'est l'une des croyances qu'elle entend le plus souvent, et elle propose d'y répondre en distinguant le défi de la pression. Un défi stimule quand il est ajusté, choisi et soutenu par un adulte. La pression, elle, est subie, constante et laisse peu de place à l'erreur. De même, le « bon stress » est ponctuel et disparaît une fois la situation passée, alors que le « mauvais stress » s'installe et finit par envahir la vie de l'enfant.
« Le cerveau apprend mieux lorsqu'il se sent en sécurité. »
Quels signaux doivent alerter ?
L'article liste des signaux répétés : troubles du sommeil, maux de ventre ou de tête, anxiété avant l'école, crises émotionnelles, discours très durs envers soi-même. Il décrit deux visages de la pression, le perfectionnisme paralysant et le retrait, qui ont en commun l'extinction du plaisir d'apprendre.
Que peuvent faire les adultes ?
Isabelle Pailleau décrit quatre leviers complémentaires, parmi lesquels redonner du sens aux apprentissages et créer des environnements sécurisants à l'école comme à la maison. Elle invite surtout les adultes à changer de posture : dissocier la valeur de l'enfant de ses résultats, valoriser les efforts et accueillir les émotions sans les minimiser. Elle rappelle aussi que se dégager de la pression ne signifie pas renoncer à l'exigence, mais redéfinir ce que l'on appelle réussir.
Questions fréquentes
Un peu de pression aide-t-il vraiment à apprendre ?
Pas selon Isabelle Pailleau. Sous stress chronique, l'enfant mobilise ses ressources pour faire face à la menace perçue, et l'énergie manque pour la curiosité, la créativité et la mémorisation.
Quelle différence entre un défi et de la pression ?
Un défi est ajusté, choisi et accompagné ; la pression est subie, constante et laisse peu de place à l'erreur.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La définition de la pression scolaire comme ressenti interne, avec le rôle des attentes parentales et des comparaisons.
- L'histoire d'une lycéenne excellente élève, rattrapée par l'angoisse de performance.
- La distinction entre bon et mauvais stress, et entre défi et pression.
- Les signaux d'alerte pour les parents et les enseignants.
- Les quatre leviers pour aider les jeunes à s'en dégager, et la posture que les adultes peuvent adopter.
