Qu'est-ce qui freine la liberté pédagogique des enseignants ?
La liberté pédagogique existe, mais beaucoup d'enseignants peinent à s'en saisir. Le n°16 d'Innovation en Éducation passe en revue sept freins, et distingue ceux qui se desserrent de ceux qui ne dépendent pas de la classe.
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi)
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Sept obstacles se dressent entre les enseignants et leur liberté pédagogique, selon le n°16 d'Innovation en Éducation : certains tiennent au système, d'autres à la classe, d'autres encore à soi-même. L'article ne les présente pas comme des fatalités. Il invite chacun à se demander lesquels sont réellement infranchissables, et quelle marge de manœuvre reste à son niveau.
La liberté pédagogique a souvent été, dans l'histoire de l'école, une intention sincère chez ceux qui devaient la promouvoir. Pourquoi, alors, tant d'enseignants disent-ils aujourd'hui qu'elle leur échappe ?
Les programmes sont-ils vraiment trop chargés ?
D'après le CNESCO, le Conseil national d'évaluation du système scolaire, 62 % des enseignants le pensent. L'année prend la forme d'une course contre la montre, avec une pression plus forte en fin de cycle ou avant un examen. Cette rigidité ne laisse guère de place à la créativité et au lâcher-prise que suppose une pédagogie plus libre.
L'article remarque que cette centralisation est une spécificité française. Dans plusieurs pays européens, le niveau national fixe les objectifs généraux et ce sont les territoires ou les établissements qui choisissent les moyens de les atteindre, dans une liberté pédagogique collective.
Les évaluations dictent-elles la manière d'enseigner ?
C'est le deuxième frein, et il est lié au premier. Quand on prépare des échéances, le cours risque de devenir une préparation d'épreuve. Selon une étude de la DEPP, la direction chargée de l'évaluation au ministère, 82 % des enseignants jugent que la préparation aux évaluations nationales prend trop de place. Philippe Meirieu, chercheur en sciences de l'éducation, y voit un effet plus insidieux, celui des comparaisons internationales comme le classement PISA.
« L'existence de ces tests et le fait qu'ils modélisent le fonctionnement du système éducatif, qu'ils introduisent un système de comparaison, de mesure permanente et de compétition implicite, invite les enseignants à se caler plus ou moins sur des procédures qui seraient labellisées scientifiquement […] »
Et les parents, sont-ils un frein ?
Le septième obstacle surprend. Selon une enquête IFOP citée par le magazine, 68 % des enseignants ressentent les relations avec les parents comme une source de stress, et la crainte de leurs réactions peut freiner l'innovation. Isabelle Peloux, formatrice d'enseignants, le constate à presque chaque formation qu'elle anime. Elle observe aussi que le biais de négativité joue à plein : les parents qui expriment bruyamment leur désaccord sont souvent peu nombreux face à la majorité qui approuve en silence.
Souvent, ces parents comparent simplement ce qu'ils voient avec ce qu'ils ont vécu eux-mêmes à l'école. Un peu d'empathie et de pédagogie suffit parfois à les rallier. Cela vaut particulièrement pour les devoirs, perçus comme une corvée, mais dont la suppression inquiète une partie des familles.
Tous les freins se valent-ils ?
Non, et c'est l'un des apports de l'article. Les deux premiers dépendent de décisions prises bien au-delà de la classe. D'autres peuvent se contourner avec du temps et du recul. Le manque de temps, par exemple, invite à se rappeler que changer de pédagogie ne passe pas forcément et tout de suite par la création d'outils ou le réaménagement de la classe : cela commence souvent par une posture et un regard différents sur l'élève.
Quant au poids des normes, il est autant collectif que personnel : héritages de l'institution, mais aussi histoire de chacun, rapport à l'autorité, insécurités. L'article propose un travail sur soi pour desserrer ce frein-là, et renvoie à un témoignage du même numéro.
Faut-il attendre que l'institution change ?
L'article reconnaît que la formation continue est insuffisante pour près de la moitié des enseignants, selon le CNESCO, alors que l'éducation évolue sans cesse, notamment grâce aux neurosciences qui éclairent le développement des enfants. Ces connaissances demandent du temps et un financement pour être intégrées en classe. Il serait normal, juge le magazine, que l'institution les assume. Mais de plus en plus d'enseignants choisissent de ne pas attendre et investissent eux-mêmes dans leur formation, pour grandir dans leur liberté pédagogique.
Que faire de ces obstacles ?
Deux autres freins, l'hétérogénéité des classes et le manque de formation continue, sont détaillés dans le magazine, chiffres à l'appui. L'article ne prétend pas être exhaustif. Son but est de susciter l'introspection, premier pas vers l'action : quels sont mes freins réels ? Sont-ils insurmontables ? De quelle marge est-ce que je dispose, à mon niveau ?
Les enseignants qui ont innové se sont posé ces questions, et plusieurs racontent leur parcours dans ce même numéro.
Questions fréquentes
Pourquoi les enseignants ne se sentent-ils pas libres ?
Selon le magazine, sept freins s'accumulent : programmes chargés, pression des examens, manque de temps, classes hétérogènes, poids des traditions, formation continue insuffisante et crainte du regard des parents.
Ces freins sont-ils tous insurmontables ?
Non. Les premiers dépendent du système, mais d'autres se desserrent à l'échelle de la classe, par un changement de posture, par la formation ou par le dialogue avec les parents.
Les parents peuvent-ils aider ?
Oui. L'article rappelle que les parents critiques sont souvent peu nombreux et qu'ils comparent leur propre expérience scolaire à ce que vit leur enfant : l'échange et l'explication changent beaucoup de choses.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des sept freins, avec les chiffres du CNESCO, de la DEPP, de l'OCDE et de l'IFOP.
- La comparaison avec les pays européens où les établissements fixent leurs moyens pédagogiques.
- Les propos de Philippe Meirieu sur les évaluations standardisées et le classement PISA.
- Les questions à se poser pour faire l'état de ses propres freins.
