Mon enfant est-il cyber-addict ? Les repères d'une psychothérapeute
À partir de quand parle-t-on de cyberaddiction ? Dans le n°11 d'Innovation en Éducation, la psychothérapeute Karine Schirtzinger de Leusse donne des repères, sans dramatiser ni minimiser.
Passer beaucoup de temps devant un écran ne fait pas forcément d'un enfant un cyber-addict. La nuance compte, et c'est elle que Karine Schirtzinger de Leusse, psychothérapeute cyberaddictologue, aide à poser dans le n°11 d'Innovation en Éducation. Diplômée en psychologie clinique, spécialisée dans les adolescents, elle accompagne des parents lors d'ateliers intitulés « enfants écran, parents à cran ».
Quelle différence entre abus d'écrans et addiction ?
Une cyberaddiction est une dépendance liée aux écrans (ordinateur, tablette, téléphone, console, télévision), qui pousse à un comportement répété et difficile à contrôler. Quand l'accès est impossible, un manque et une angoisse apparaissent, que seul le retour à l'écran semble apaiser.
L'abus d'écrans est plus large et plus courant. Ce qui sépare les deux, explique l'autrice, c'est l'aspect pathologique et pas seulement le nombre d'heures : symptômes dépressifs, troubles du comportement installés dans la durée, déscolarisation ou isolement qui coupe l'enfant de son quotidien.
« L'impossibilité d'y accéder va déclencher chez l'individu un manque, une angoisse qui ne peut s'apaiser, selon lui, que par la possibilité de retrouver son écran. »
Combien de temps d'écran est-il raisonnable ?
L'article donne des repères par âge, tout en rappelant qu'ils varient selon l'enfant. Il propose aussi une manière de calculer le temps maximal après l'école, à partir des heures disponibles avant le coucher, dont le magazine donne un exemple chiffré.
Mais l'autrice insiste sur autre chose que la durée : les conditions d'usage. Plus un écran sert à se réconforter après une tâche pénible (rentrer de cours, faire ses devoirs), plus il devient un refuge quand le stress monte. Et un enfant nerveux, fatigué, qui s'ennuie ou qui est isolé s'y engouffre plus facilement. Les écrans ne soignent pas ces difficultés : ils viennent s'y ajouter.
Quels signaux doivent alerter les parents ?
Les symptômes évoqués sont avant tout comportementaux : irritabilité, colères, troubles du sommeil, désinvestissement scolaire, repli sur soi. À l'adolescence, ces signes sont plus marqués, et il est parfois difficile de distinguer ce qui relève des écrans de ce qui relève de la période (repli, révolte). L'autrice résume les signaux d'alerte par un désinvestissement du quotidien et une perte de repères émotionnels.
Les formes de dépendance, elles, varient : réseaux sociaux (la peur de « louper quelque chose », les notifications qui rassurent), jeux en réseau (envie de gagner, de ne pas s'arrêter), vidéos infinies. Une image résume son propos.
« Tout ce monde virtuel porté par les écrans n'est-il pas le plus grand parc d'attractions du monde ? »
Que peuvent faire les parents ?
Le dernier volet de l'article rassemble des « conseils de psy ». Le magazine les détaille : évaluer la consommation avec objectivité, comprendre l'enfant à travers ce qu'il regarde, consulter si besoin, l'aider à sentir que le temps d'écran n'est pas élastique, informer sans diaboliser. Un seul exemple ici : regarder son enfant jouer et l'interroger sur son avatar est une façon de le connaître autrement.
Un point est martelé : les écrans ne se traitent pas comme un interdit absolu, parce que l'interdit attire et que les écrans sont, de toute façon, l'outil du quotidien et du futur. Les parents restent, écrit l'autrice, les garants de la réalité de leurs enfants.
Questions fréquentes
Comment distinguer un enfant qui aime les écrans d'un enfant dépendant ?
Selon l'article, c'est l'aspect pathologique qui compte : humeur dépressive, troubles du comportement installés, isolement, décrochage scolaire. Le nombre d'heures seul ne suffit pas.
Faut-il interdire les écrans ?
L'autrice recommande plutôt d'en parler ouvertement, avantages comme risques, sans en faire un objet diabolique, et de placer les écrans dans une pièce commune.
Quand consulter ?
Quand l'enfant semble mal, que ce soit pour des raisons familiales, scolaires ou sociales : mieux vaut l'accompagner que laisser les écrans s'en charger.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les temps d'écran raisonnables selon l'âge, et la méthode de calcul pour la période après l'école.
- La liste des symptômes fréquents de la cyberaddiction, de l'irritabilité aux troubles du sommeil.
- Les différentes formes de cyberdépendance : réseaux, jeux en réseau, vidéos.
- Les cinq conseils de psy, avec la règle pour gérer un dépassement du temps autorisé.
N°11
n°11 · Reprendre le contrôle des écrans
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
