Mon enfant ne dit rien : comment repérer et accueillir un harcèlement ?
Un enfant harcelé en parle rarement, par honte ou pour protéger ses parents. Dans le n°19 d'Innovation en Éducation, le médiateur Christophe Carré montre comment les familles peuvent repérer les signaux et accueillir sa parole.
Tiré du magazine · n°19Harcèlement : protéger ou préparer ?
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Les familles ont un rôle à tenir, à côté de l'école, dans la prévention du harcèlement. C'est la conviction de Christophe Carré, qui insiste sur deux points : un enfant harcelé ne parle pas facilement, et la façon dont un parent accueille ses premiers mots décide de la suite. Mieux vaut agir, quitte à se tromper un peu, plutôt qu'attendre que cela passe.
Christophe Carré a été enseignant pendant près de trente ans et directeur d'établissement. Père de trois enfants, il est aujourd'hui médiateur professionnel, formé en victimologie, et auteur de nombreux ouvrages sur les difficultés relationnelles, dont un livre pour aider son enfant à être autonome face aux violences ordinaires. Dans le n°19 d'Innovation en Éducation, il se place du côté des parents, sans les juger.
Pourquoi un enfant harcelé ne dit-il rien ?
Les raisons sont nombreuses : la honte et la culpabilité, la crainte de représailles, la peur d'être moqué si l'affaire s'ébruite. Souvent aussi, l'enfant veut protéger ses parents. L'auteur rapporte les mots d'un adolescent : il ne voulait pas que ses parents aient l'impression d'avoir raté quelque chose. D'autres se taisent parce qu'ils craignent un interrogatoire, un reproche ou une réaction de colère.
De leur côté, les parents sont souvent désemparés, entre déni, colère et peur de mal faire. Certains surréagissent, d'autres disent à l'enfant de « se défendre », ce qui peut fermer le dialogue. Christophe Carré ne le leur reproche pas : il rappelle qu'il n'y a pas de parent sans faille, ni de système irréprochable.
« Un phénomène de nature systémique appelle une réponse de même nature, cohérente et coordonnée. »
Pour lui, la réponse suppose que familles, école et autres acteurs travaillent ensemble, ce qui reste encore balbutiant.
À quoi voit-on qu'un enfant va mal, même s'il se tait ?
Tout changement de comportement peut interpeller : un désintérêt pour l'école, des résultats qui baissent, un enfant qui s'isole, qui dort mal ou perd l'appétit, qui refuse les activités ou les anniversaires. L'auteur insiste sur les « maladies fantômes », ces maux de ventre ou de tête qui reviennent sans cause évidente, parce que le stress et l'anxiété fragilisent l'organisme. Le magazine dresse la liste complète des indices à connaître.
Comment accueillir sa parole quand il parle enfin ?
Christophe Carré propose trois principes d'accueil. Le premier, agir sans attendre et croire l'enfant.
« Sur ce sujet, les enfants mentent très rarement, ils sont même parfois très en dessous de la réalité. »
Les deux autres portent sur la manière : accueillir calmement les événements en canalisant ses propres émotions, et éviter les interprétations et les questions suggestives pour ne pas enfermer l'enfant dans nos propres grilles de lecture. Il ajoute une précaution utile : ne pas laisser l'enfant s'enfermer dans le statut de victime. Il propose même des mots à lui dire, que le magazine reproduit.
Et quand l'enfant ne vit pas avec ses deux parents ?
L'auteur y pense : quand les parents sont indisponibles ou en difficulté, un aîné, un grand-parent, un oncle ou une tante peut assurer ce rôle d'accueil. L'essentiel est la qualité du lien et la confiance, plus que la configuration familiale.
L'article se termine sur une phrase de Louis Pasteur reprise par l'auteur.
« Ne cherchons pas à éviter à nos enfants les difficultés de la vie ; apprenons-leur à les surmonter »
Questions fréquentes
Comment savoir si mon enfant est harcelé alors qu'il ne dit rien ?
Selon Christophe Carré, c'est un changement de comportement qui alerte : isolement, baisse des résultats, troubles du sommeil ou de l'appétit, maux de ventre ou de tête répétés.
Que dire à un enfant qui se confie ?
Le croire, l'écouter calmement sans l'interroger ni interpréter, et lui rappeler qu'il n'a rien fait de mal. Être victime, souligne l'auteur, n'est pas une identité.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste complète des indices qui peuvent évoquer un harcèlement, au-delà de ceux cités ici.
- Les trois principes d'accueil de la parole de l'enfant, développés un à un.
- Les mots que l'auteur suggère pour dire à l'enfant qu'il n'est pas défini par ce qu'il a subi.
- L'analyse de l'alliance entre familles, école et institutions, et de ses limites actuelles.
