Neuroplasticité : peut-on vraiment changer ses réactions de parent ?
Colère, impatience, réflexes hérités : ont-ils vocation à durer ? Dans le n°13, Stéphanie Brillant explique en quoi la neuroplasticité permet de tracer un autre chemin, à tout âge.
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique" ?
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Combien de parents se disent que leur colère, leur impatience ou leur anxiété font partie de leur caractère, et qu'il n'y a rien à y faire ? L'experte en neurosciences Stéphanie Brillant, réalisatrice du documentaire Le Cerveau des enfants, un potentiel infini et autrice de plusieurs ouvrages chez Actes Sud, répond non. Dans le n°13 d'Innovation en Éducation, elle explique pourquoi la neuroplasticité cérébrale permet de « reprendre le pouvoir sur son passé ».
Qu'est-ce que la neuroplasticité, en deux mots ?
L'image est celle d'un chemin dans la forêt : plus on le répète, plus il s'élargit, jusqu'à devenir une autoroute. C'est comme cela que s'organise l'architecture du cerveau. Mais si la voie devient impraticable, on peut en créer une autre. D'où la phrase centrale de l'entretien.
« Ce qui est formidable, c'est que grâce à ce phénomène, il n'y a pas de déterminisme. Le changement prend du temps mais il est possible, quelles que soient les circonstances de la vie. »
La condition est une prise de conscience. La plupart du temps, nous fonctionnons en pilote automatique, et certaines réactions sont aussi chimiques et biologiques : l'esprit cultive un état familier, un peu comme dans une habitude addictive, ce qui peut rendre démuni quand on veut changer.
Que faut-il changer, et que peut-on laisser tel quel ?
Première question à se poser, selon l'autrice : « est-ce que ça me fait souffrir ou non ? ». Elle met en garde contre un perfectionnisme sans fin et un dénigrement de soi qui conduit à ne plus accepter son essence même. On a tous des défauts et des qualités. On peut avoir un tempérament explosif, l'essentiel étant d'en revenir vite et de ne pas s'abîmer soi-même ni les autres.
« Ce n'est pas votre colère, un trait de caractère immuable, c'est votre réaction, un paramètre transformable. »
L'interviewée décrit ensuite trois manières de désamorcer une explosion qui monte, du désamorçage pur à l'humour, où les enfants peuvent devenir de vrais garde-fous. Chaque parent y trouvera la sienne.
Que cache une colère ?
Souvent une peur. Stéphanie Brillant propose un exemple parlant : votre enfant ne vous écoute pas. Quelle peur cela réveille-t-il ? Celle de ne pas être un bon guide pour lui, de le voir échouer à l'école ? Dès qu'on identifie cette peur, on peut cesser de lutter et commencer à repérer ses schémas. Pour l'autrice, tout ce que nous vivons est une expression d'amour ou de peur, et la colère appartient au second registre.
Elle répond aussi à une idée reçue : le cerveau n'est pas « paresseux », il est protecteur. Il anticipe les risques, et l'inconnu l'empêche de calculer, comme un parent devant un ado qui veut faire quelque chose de nouveau. C'est à ce protecteur qu'il faut proposer un chemin nouveau, patiemment.
Y a-t-il des limites à ce que le cerveau peut réparer ?
L'experte est franche : certaines choses ne se réparent pas, comme la perte d'un enfant. Mais on peut construire autre chose de neuf, et elle plaide pour des thérapies par le corps, quand ce qui a été vécu « dans la chair » échappe aux mots. Le traumatisme, rappelle-t-elle, n'est pas nous : c'est une réaction du système nerveux à un événement.
« Il faut bien se dire que le traumatisme, ce n'est pas nous, c'est une réaction de notre système nerveux à un événement. On ne pourra jamais changer l'événement mais on peut changer cette réaction. »
Sur la manière d'en parler à son enfant ensuite, l'entretien apporte une nuance utile : il y a ceux avec qui l'on peut discuter, et ceux qui attendent des actes. Prenant l'exemple des écrans, l'experte conseille parfois de ne pas s'expliquer, mais de proposer de nouvelles activités, de noter les bénéfices observés pendant une semaine, puis d'en faire le bilan avec eux : on n'est plus dans le discours, on est dans la constatation.
Questions fréquentes
Peut-on changer ses réactions d'adulte ?
D'après Stéphanie Brillant, oui : la neuroplasticité fait qu'il n'y a pas de déterminisme. Le changement prend du temps, mais il reste possible à tout âge.
Un tempérament explosif est-il un défaut ?
Pas forcément. L'important est de revenir vite au calme et de ne pas s'abîmer, soi et les autres. Le tempérament reste, la façon de réagir peut évoluer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien en neuf questions, de l'image du chemin à l'autoroute jusqu'aux limites de la neuroplasticité.
- Les trois manières de désamorcer une colère qui monte.
- L'exemple de l'enfant qui n'écoute pas et la peur qui se cache derrière.
- Les réponses sur les thérapies par le corps et sur la prise de conscience des dégâts passés.
- Le conseil pour en parler (ou non) avec ses enfants, illustré par les écrans.
