Comment établir un pacte familial sur les écrans qui tienne dans la durée ?
Presque toutes les familles ont rêvé de faire adopter une résolution sur les écrans. Dans le n°11 d'Innovation en Éducation, trois spécialistes de l'adolescence expliquent ce qui fait qu'un pacte tient, ou non.
Au petit déjeuner, tout le monde est d'accord : il faut réduire les écrans. Le soir, plus personne ne s'en souvient. C'est la scène par laquelle commence l'article de trois spécialistes de l'adolescence, Sébastien Kwiek (art-thérapeute et éducateur spécialisé), Bernard Boudailliez (pédiatre, médecin de l'adolescent) et Christian Mille (pédopsychiatre), présentés avec l'association CRE2ADO. Dans le n°11 d'Innovation en Éducation, ils expliquent pourquoi les résolutions collectives échouent souvent, et ce qui peut aider un pacte familial à tenir.
Pourquoi les bonnes résolutions ne tiennent-elles pas ?
Parce qu'elles naissent d'un moment de lassitude ou de remords, une nuit écourtée, un devoir inachevé, et qu'elles ne sont pas vraiment discutées. Il arrive alors qu'un parent rappelle ce qui avait été convenu, avec des regrets, voire des reproches. Dans d'autres familles, la situation tourne à l'affrontement : appareils confisqués, menaces, remarques blessantes, et chacun en sort meurtri.
« Un parent "grincheux" se chargera de rappeler ce "qui avait été convenu" et ne manquera pas de formuler ses regrets […] »
Par quoi commencer ?
Par un espace de discussion où chacun peut s'exprimer. Les auteurs posent deux conditions. Du côté des parents, d'abord : ils doivent s'être accordés entre eux, et accepter de s'interroger sur leur propre façon d'assumer leurs responsabilités, y compris sur leur usage des écrans. Du côté des adolescents, ensuite : il faut s'attendre à de la méfiance. Ils tiennent à leur intimité et à leur indépendance, et peuvent soupçonner toute proposition d'être une tentative de manipulation.
Le texte pousse l'observation avec humour. Comment un adolescent expliquerait-il ensuite à ses copains qu'il a accepté sans réticence, après un échange fructueux avec ses gentils parents, un sevrage volontaire des écrans ? Rien d'étonnant à ce qu'il se méfie. Tout dépend alors de la nature des relations antérieures, des griefs accumulés, et de son besoin, normal à son âge, de s'affirmer dans sa différence.
C'est pourquoi le projet doit mûrir. Chacun a besoin de pouvoir dire « j'ai repensé à ce qu'on a discuté », de reconnaître son ambivalence, de revenir sur les avantages comme sur les inconvénients. Le pacte reste modeste dans ses objectifs, et prévoit des exceptions et des pauses.
Comment éviter que le pacte devienne un procès ?
L'article invite à une posture à la fois exigeante et souple. Les parents doivent donner l'exemple, mais sans en faire une démonstration qui pèserait comme un reproche. Et surtout, il faut prévoir les entorses, plutôt que de les vivre comme une trahison.
« Il y a bien une dynamique positive à préserver : toute adhésion même momentanée, tout effort déployé doivent être reconnus et encouragés. »
Les auteurs notent qu'un groupe familial distribue souvent, sans le dire, des rôles : certains deviennent les héros inflexibles, d'autres incarnent les faiblesses de tous. Prévoir les écarts évite de désigner un coupable.
Qu'y a-t-il derrière les écrans ?
L'enjeu est moins de réduire les écrans que d'inventer d'autres façons d'être ensemble : moments de créativité, de plaisir partagé, d'échanges entre générations. Le pacte devient alors l'occasion de retrouver une complicité où chacun peut dire « nous » sans renoncer à dire « je ».
Questions fréquentes
Faut-il que les parents donnent l'exemple ?
Oui, mais sans démonstration d'exemplarité, préviennent les auteurs : elle risque d'être vécue comme un reproche et d'aggraver les malentendus.
Et si un membre de la famille ne respecte pas le pacte ?
Il est conseillé de prévoir les entorses à l'avance pour éviter de dramatiser ou de désigner un coupable.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Un premier encadré sur les bases d'un pacte vu du côté des parents, du sens des mots à la cohérence entre parents.
- Un second encadré de pistes concrètes pour le pacte, du rangement des écrans à la définition des temps d'accès.
- L'analyse des attitudes à éviter avec un adolescent, qui poussent à la dissimulation.
- La présentation de l'association CRE2ADO et de son équipe.
N°11
n°11 · Reprendre le contrôle des écrans
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