Aller au contenu
Nos magazines ↗
Rechercher
Je m'abonne
Parentalité Apprendre À la maison

Une colère ou un cri ponctuel abîment-ils le cerveau de l'enfant⁠ ⁠?

Un parent qui s'énerve ou qui crie une fois n'abîme pas le cerveau de son enfant, affirme la scientifique Marie Chétrit. Dans le n°20, elle invite à invoquer la science «⁠ ⁠avec raison⁠ ⁠».

Le n°20 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°20Éducation positive⁠ ⁠: ça va trop loin⁠ ⁠? Voir ce numéro

Un cri après une bêtise, une colère un soir de fatigue : beaucoup de parents s'inquiètent de ce que ces moments feraient au cerveau de leur enfant. Sur les réseaux sociaux de la parentalité, le mot « cortisol » circule comme un épouvantail. Dans le n°20 d'Innovation en Éducation, Marie Chétrit, scientifique dans la recherche académique et autrice de Éducation positive, une question d'équilibre ? (2021), propose de regarder ce que disent vraiment les études. Son texte est vif, il s'adresse aux parents, et il tient à une idée simple : le contexte compte plus que l'incident.

Que recouvrent exactement les violences éducatives ordinaires ?

L'autrice rappelle d'abord que la violence à but éducatif a longtemps été considérée comme normale, et que l'impact de la maltraitance sur l'enfant est abondamment documenté. Les « violences éducatives ordinaires » (VEO) regroupent les coups, les violences verbales, l'humiliation, les atteintes à l'intégrité de l'enfant, la négligence. Marie Chétrit s'inquiète en revanche de listes qui s'allongent sur internet et qui y rangent aussi des gestes du quotidien : presser son enfant, lui demander de manger un peu de tout, le forcer à se brosser les dents. Elle estime que la nocivité de ces gestes n'a pas été démontrée, car les études sur le stress toxique portent sur des enfants ayant subi de graves violences.

C'est une lecture qui ne fait pas l'unanimité, et que d'autres contributions du numéro nuancent. Elle a le mérite de rappeler que parler de violence et parler d'une journée difficile ne sont pas la même chose.

Stress aigu, stress chronique : quelle différence ?

C'est l'idée centrale de l'article. Le cortisol, loin d'être l'ennemi qu'on décrit, est une hormone essentielle : elle régule notamment le métabolisme et la capacité à rester éveillé. Un stress aigu, ponctuel, comme courir après un bus ou se faire gronder pour avoir traversé sans regarder, élève brièvement son taux et aide à s'adapter. À bonne dose, il facilite même la mémorisation : l'enfant retient le danger.

Le stress chronique, lui, est durable et répété. C'est lui qui peut endommager le cerveau et altérer la mémoire. Une atmosphère où tout le monde crie tout le temps, où les règles changent selon l'humeur, génère de l'insécurité affective. À l'inverse, des cris occasionnels dans un cadre globalement chaleureux n'ont, selon l'autrice, jamais été montrés comme dommageables.

« Ce n'est pas une colère parentale ponctuelle qui viendra, en quelques minutes, réduire à néant des années d'amour. »

Marie Chétrit, scientifique et autriceExtrait du n°20, p. 33

Que valent les formules qui circulent sur les réseaux ?

Marie Chétrit s'intéresse à l'une d'elles en particulier, qui fait peur à bien des parents.

« 5 minutes de colère, 5 heures de cortisol »

Formule diffusée sur les réseaux de la parentalité, citée par Marie ChétritExtrait du n°20, p. 32

Elle explique d'où elle vient, et ce qu'elle estime avoir été déformé en route : une étude menée sur des personnes âgées, dans un tout autre contexte que celui d'une contrariété chez un enfant. L'article donne le détail de cette étude et d'autres exemples d'extrapolation, notamment à partir de travaux sur des rongeurs. Sa conclusion est un appel à la prudence : un résultat obtenu chez le rat, stressé par l'odeur d'un prédateur, se transpose mal à un « ça suffit de jouer, on part à l'école ».

Elle invite aussi à relativiser quelques idées reçues : selon une étude qu'elle cite, la frustration n'élève pas de façon significative le taux de cortisol, alors qu'un réconfort excessif et non sollicité pourrait, lui, accroître le stress de l'enfant. Réconforter quand l'enfant le demande reste bénéfique.

Qu'en retenir pour un parent ?

D'abord qu'il y a une différence nette entre ce qui relève de la maltraitance et ce qui relève de la vie de famille, y compris quand elle est fatigante. Ensuite que le climat général pèse davantage qu'un épisode isolé. Enfin que le mot « neurosciences » ne garantit pas, à lui seul, la solidité d'un conseil : il vaut la peine de demander d'où vient l'étude.

Cette invitation à prendre du recul ne dispense pas de se questionner. Un parent qui se met souvent en colère trouvera dans d'autres articles du numéro, comme celui sur le poids de sa propre éducation, de quoi réfléchir sans culpabilité.

Questions fréquentes

Un parent qui crie une fois abîme-t-il le cerveau de son enfant ?

Non, selon Marie Chétrit : un stress ponctuel, dans un climat habituellement chaleureux, n'est pas associé à des dommages. C'est le stress chronique qui pose problème.

Quelle différence entre stress aigu et stress chronique ?

Le premier est bref et favorise l'adaptation ; le second est durable et répété, et peut altérer le cerveau et la mémoire.

Peut-on se fier à toutes les études citées sur les réseaux ?

L'autrice invite à la prudence : certaines sont réalisées sur l'animal ou sur d'autres publics, et leurs résultats ne se transposent pas telles quelles.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°20

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Le détail de l'étude sur la personne âgée à l'origine de la formule sur le cortisol.
  2. Ce que montrent, d'après l'autrice, les études sur la tristesse, la colère et la frustration chez les bébés.
  3. L'analyse des travaux sur les ratons séparés de leur mère, et ce qu'ils permettent ou non de conclure.
  4. La liste des gestes que certains sites rangent parmi les violences éducatives ordinaires.
Couverture du n°20
Pour lire l'article en entier

n°20 · Éducation positive⁠ ⁠: ça va trop loin⁠ ⁠?

+ frais de port · paiement unique, sans engagement
Je le commande sur la boutique ↗
Livraison par La Poste · Paiement sécurisé · Imprimeur français
★ Meilleure offre

Chaque numéro CHEZ VOUS, tous les deux mois

  • Sans engagement, résiliable à tout moment
  • Livré directement dans votre boîte aux lettres
  • Satisfait ou remboursé sous 14 jours

OffertEn cadeau de bienvenue, le pack de 9 conférences exclusives du 7e congrès Innovation en Éducation (valeur 69 €).

L'abonnement papier

15 €par numéro

Un numéro tous les deux mois, + frais de port. Démarrage à partir du n°36.

Je m'abonne
Dans la même thématique

Lisez aussi

Tiré du n°20
Parentalité Grand entretien

Isabelle Filliozat répond aux critiques de l'éducation positive

Parents épuisés, enfants sans repères⁠ ⁠: la psychothérapeute Isabelle Filliozat répond, dans un grand entretien du n°20, aux reproches adressés à l'éducation positive. Et pointe des malentendus plus que des désaccords de fond.

En commun : violences éducatives ordinaires stress

4 min de lectureÀ la maison

Tiré du n°20 · Grand entretien

Tiré du n°2
Parentalité Grand entretien

Pourquoi la bienveillance compte-t-elle autant pour le cerveau de l'enfant⁠ ⁠?

Invitée du n°2 d'Innovation en Éducation, la pédiatre Catherine Gueguen revient sur ce que la recherche a changé dans notre regard sur l'enfant. Son message aux adultes commence par une phrase rare⁠ ⁠: ne vous culpabilisez pas.

En commun : violences éducatives ordinaires hormones

5 min de lectureÀ la maison

Tiré du n°2 · Grand entretien

Tiré du n°2
Parentalité

Les mots que l'on dit aux enfants ont-ils vraiment un tel poids⁠ ⁠?

«⁠ ⁠Si tu recommences, gare à toi⁠ ⁠!⁠ ⁠» Qui ne l'a jamais dit⁠ ⁠? Dans le n°2 d'Innovation en Éducation, Sophie Rabhi-Bouquet, formée à la communication non violente, revient sur ces phrases ordinaires et propose d'autres manières de parler aux enfants.

En commun : violences éducatives ordinaires petite enfance

4 min de lectureÀ la maison · En classe

Tiré du n°2

Couverture du n°36 : Agir pour leur santé : 30 solutions à tester au quotidien ★ 80 pages
Le numéro du moment

N°36 · Agir pour leur santé⁠ ⁠: 30 solutions à tester au quotidien

Sucre, légumes, junk food⁠ ⁠: VOUS SAVEZ DÉJÀ. Mais connaissez-vous ces micro-changements qui produisent les plus grands EFFETS⁠ ⁠?

En prévente jusqu’au 21 décembre 2026 inclus