Pourquoi mon enfant n'ose-t-il plus lever la main en classe ?
Derrière un enfant qui ne participe plus, il y a parfois un moment précis, très banal, qui a laissé une trace. Dans le n°32, l'autrice jeunesse Karina Toualbi parle de la honte à l'école.
Tiré du magazine · n°32Mal-être à l'école : des solutions existent !
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« Mon fils n'ose plus lever la main », « Ma fille dit qu'elle est nulle » : derrière ces phrases, il y a souvent de la honte. Pour Karina Toualbi, autrice jeunesse, la honte est une émotion silencieuse qui éloigne l'enfant de l'apprentissage, non parce qu'il ne veut pas apprendre, mais parce qu'il cherche à se protéger. Ce qui l'aide, ce n'est pas qu'on lui demande d'être plus fort, mais qu'on lui offre un regard bienveillant.
Karina Toualbi est la fondatrice de La Magie des Sentiments, un projet d'accompagnement émotionnel des enfants et de leurs parents, qui passe par des histoires et des outils de dialogue. Dans le n°32 d'Innovation en Éducation, elle s'adresse aux parents comme aux enseignants.
La honte, c'est quoi, et en quoi diffère-t-elle de la culpabilité ?
L'autrice raconte une scène : un garçon passe au tableau pour lire, se trompe sur un mot, quelques élèves rient. Rien de dramatique vu de l'extérieur. Le soir, il dit à sa mère qu'il ne veut plus jamais lire devant les autres. Pour lui, ce n'était pas seulement une erreur de lecture : il s'est senti exposé, vu, jugé.
C'est ce qui distingue la honte de la culpabilité. La culpabilité concerne ce que l'on fait (« je me suis trompé »). La honte touche à ce que l'on croit être (« je suis nul »). Et le basculement peut arriver très vite. À l'école, où l'on apprend sous le regard des autres, cette émotion peut prendre une place immense, et l'énergie, au lieu d'aller vers l'apprentissage, part vers l'évitement.
« Ce qui aide vraiment les enfants à dépasser la honte […] c'est l'expérience répétée d'un regard bienveillant. »
Suffit-il de rassurer l'enfant ?
L'élan des adultes est naturel : « ce n'est rien », « ça va passer ». L'autrice relève que ces phrases, pleines de bonnes intentions, ne suffisent pas toujours, parce que ce que l'enfant ressent est bien réel. Il a souvent besoin d'abord de sentir que quelqu'un comprend. Elle propose des phrases simples pour accueillir ce qu'il vit, et rappelle que le ton de la voix, le regard et la patience comptent autant que les mots.
Les enfants parlent rarement directement de la honte. L'autrice voit dans les histoires un allié précieux : en suivant un personnage qui doute ou se trompe, l'enfant reconnaît ce qu'il ressent sans avoir à se dévoiler.
Comment réhabiliter l'erreur, en classe comme à la maison ?
Réhabiliter l'erreur, précise l'article, ne veut pas dire la banaliser : les enfants sentent vite quand on minimise, ce qui peut renforcer la honte. Il s'agit de changer ce que l'enfant vit au moment où l'erreur apparaît. En classe, cela passe par la façon dont l'adulte réagit à une réponse inexacte, en évitant d'exposer l'enfant devant le groupe. À la maison, l'autrice invite les parents à repérer leur propre réaction intérieure avant de répondre, parce que l'erreur de l'enfant réveille parfois nos propres souvenirs.
« Quand un enfant comprend qu'il peut être accueilli même dans ses moments de fragilité, quelque chose se relâche en lui. »
L'article propose aussi un mouvement en trois temps que les parents peuvent garder en tête, et qui change l'ordre dans lequel on réagit. Le magazine le détaille.
Questions fréquentes
Quelle différence entre honte et culpabilité chez l'enfant ?
Selon Karina Toualbi, la culpabilité concerne ce que l'on a fait, la honte concerne ce que l'on croit être. C'est pourquoi la honte pèse plus lourd.
Que dire à un enfant qui répète « je suis nul » ?
L'article suggère de ne pas chercher à corriger trop vite ce qu'il ressent, mais de reconnaître son émotion. Il donne des exemples de phrases adaptées.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Deux scènes vécues en classe, avec ce que dit l'enfant dans sa tête.
- Des phrases à dire à un enfant gêné ou honteux, et celles qui ne suffisent pas.
- Le mouvement en trois temps pour réagir aux émotions de l'enfant, dans le bon ordre.
- Les gestes de l'adulte en classe face à une réponse inexacte.
- Un geste simple pour calmer le corps d'un jeune enfant avant les mots.
