Addictions à l'adolescence : pourquoi les jeunes y sont-ils vulnérables, et comment agir ?
Écrans, alcool, jeux, substances : une addiction peut prendre bien des formes. Dans le n°17 d'Innovation en Éducation, la psychologue Nathalie Sierra-Scroccaro aide les adultes à comprendre ce qu'elle dit de l'adolescent, et à ouvrir le dialogue.
Tiré du magazine · n°17L'éducation et ses tabous
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Une conduite addictive n'est pas qu'une question de produit. Pour la psychologue clinicienne Nathalie Sierra-Scroccaro, elle répond souvent à un besoin : apaiser une tension, colmater une souffrance, se sentir vivant. Comprendre ce que l'adolescent cherche dans sa pratique permet d'adopter une posture qui encourage la parole plutôt que le silence, en famille comme à l'école.
Docteure en psychologie, elle exerce depuis une quinzaine d'années en addictologie et enseigne au CNAM Bretagne. Elle signe cet article dans le n°17 d'Innovation en Éducation, avec un plan en trois temps : pourquoi les jeunes sont vulnérables, comment repérer une conduite addictive, quelle posture adopter.
Qu'appelle-t-on une addiction ?
L'autrice élargit d'emblée la définition. N'importe quel objet, substance ou pratique, peut être au centre d'une addiction, à une seule condition : qu'il procure un plaisir ressenti comme sans limite. Il peut s'agir du tabac ou de médicaments, mais aussi des réseaux sociaux, des jeux vidéo ou d'argent, voire d'une situation amoureuse.
« N'importe quel objet (que ce soit une substance chimique ou autre) peut être au centre d'une addiction. La seule condition : que cet objet provoque un plaisir ressenti comme sans limite. »
Le plaisir ne suffit pas à caractériser la dépendance : il faut aussi, par exemple, l'impossibilité de s'en passer, des tentatives d'arrêt ou une sensation de manque. L'autrice distingue en outre trois degrés d'usage, de l'usage simple à la dépendance, que le magazine détaille et qui orientent la réponse de l'adulte. Elle rappelle que les polyconsommations, c'est-à-dire l'association de plusieurs pratiques ou produits, sont fréquentes.
Pourquoi l'adolescence est-elle un moment de vulnérabilité ?
Parce que les addictions débutent souvent à cet âge. L'article avance quatre motifs principaux. L'un d'eux est l'effet apaisant : certains jeunes s'adaptent ainsi aux situations stressantes de la transition vers l'âge adulte et atténuent leurs tensions émotionnelles. Les trois autres touchent aux remaniements de la puberté, à la place d'une relation affective devenue trop lourde, et au rapport particulier au risque que certains jeunes recherchent. Le magazine les explique un par un.
Cette lecture invite à regarder la conduite d'un adolescent comme une réponse, même maladroite, à quelque chose qui le fait souffrir, plutôt que comme un simple écart. L'autrice écrit d'ailleurs qu'il s'agit de la solution que le jeune a trouvée à ce moment de sa vie.
Comment ouvrir le dialogue ?
L'autrice rappelle que c'est rarement le jeune qui fait le premier pas pour en parler à ses parents, à un enseignant ou à un professionnel de santé.
« C'est rarement le jeune qui va faire le premier pas pour en parler à ses parents, à un enseignant ou à un professionnel de santé, pour arrêter ou diminuer ses addictions. »
Elle propose plusieurs pistes pour initier un dialogue constructif. Parmi elles : éviter les menaces, le chantage et les punitions, tenir un discours clair sur les règles à respecter, et aider le jeune à varier ses sources de plaisir et de décompression. La posture éducative dépend aussi du degré d'usage : on n'accompagne pas de la même manière une pratique ponctuelle et une dépendance installée. Dans ce dernier cas, deux questions comptent : est-ce que cela lui pose problème, et a-t-il déjà essayé d'arrêter ? Le magazine détaille les attitudes adaptées à chaque situation.
Le texte rappelle aussi que certains signaux d'alerte, comme la somnolence, le renfermement ou des épisodes de violence, ne sont pas toujours dus à une addiction mais méritent d'être abordés avec le jeune, pour faire un point global sur sa santé mentale. Le jeune peut aussi ne pas vouloir en parler avec son parent, par pudeur ou par honte : l'article invite alors à respecter cette position, et à ne pas rester seul face à l'impasse.
Qui peut aider ?
L'avis d'un professionnel spécialisé en addictologie peut compléter la démarche, parce que certains troubles psychiques peuvent être masqués par les pratiques addictives, associés à elles ou déclenchés par elles. Il peut aussi aider les parents à dialoguer autrement avec leur enfant. L'autrice précise ce que l'on peut en attendre.
« Il s'agira non pas de recueillir des réponses toutes faites par rapport à une addiction, mais de considérer les particularités rencontrées par chacun pour s'orienter au mieux dans leur relation avec l'adolescent. »
Sur le lien entre ados et écrans, un autre article du blog s'interroge : pourquoi a-t-on tant de mal à lâcher son téléphone ?
Questions fréquentes
Comment savoir si un adolescent est dépendant ?
Selon l'autrice, certains signaux aident à le repérer : ne plus pouvoir se passer de l'objet, avoir déjà essayé d'arrêter, éprouver du manque. Le magazine distingue aussi trois degrés d'usage.
Faut-il punir un adolescent qui a une conduite addictive ?
L'article recommande d'éviter menaces, chantage et punitions, et de préférer un discours clair sur les règles, sans rupture du dialogue.
Vers qui se tourner ?
Vers un professionnel spécialisé en addictologie, qui peut accompagner le jeune et aider les parents à communiquer autrement avec lui.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre motifs qui rendent les jeunes vulnérables, expliqués en détail.
- Les critères qui distinguent l'addiction d'une pratique ordinaire.
- Les trois degrés d'usage et la posture à adopter pour chacun.
- Les pistes pour initier le dialogue et les signaux d'alerte à surveiller.
- Le portrait de l'autrice et ses domaines de recherche.
