Peut-on dire non à un tout-petit ? Avant l'autorité, l'attachement
Peut-on dire non à un bébé, le punir, l'isoler ? Dans sa fiche du n°20, l'association Ensemble pour la Petite Enfance répond à partir de ce que l'on sait du cerveau des 1 000 premiers jours.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
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Les débats sur l'éducation ont beaucoup occupé l'espace médiatique en 2023, opposant partisans de l'éducation « positive » et défenseurs de l'autorité traditionnelle. Dans ce tumulte, une question manque souvent : de quel âge parle-t-on ? C'est le point de départ de la fiche publiée dans le n°20 d'Innovation en Éducation, dans la rubrique consacrée aux 1 000 premiers jours avec l'association Ensemble pour la Petite Enfance. Cette association diffuse des connaissances scientifiques à jour sur le développement du tout-petit et propose des outils aux professionnels de l'éducation.
Que change l'âge de l'enfant quand on parle d'autorité ?
Beaucoup. La petite enfance, schématiquement de 0 à 4 ans, et plus précisément les 1 000 premiers jours de la vie, concentre des processus de développement décisifs. La fiche en tire un principe : avant l'autorité vient l'attachement, c'est-à-dire la qualité du lien entre le tout-petit et les adultes qui s'en occupent.
« Avant l'autorité, vient l'attachement et la qualité du lien entre le tout-petit et les adultes qui s'en occupent ! »
Les auteurs précisent qu'une relation sécurisante qui tient compte de la maturation du cerveau n'est pas du laxisme : c'est la base d'un développement harmonieux.
Peut-on dire non à un tout-petit ?
Oui, répond la fiche, à une condition : que la relation soit sécurisante. Un enfant qui sait qu'il est entre de bonnes mains fait confiance à un interdit, surtout si on lui propose en même temps une alternative.
« On n'arrête pas les volontés d'un petit cerveau, on les détourne ! »
Un tout-petit comprend-il la consigne « ne fais pas » ?
C'est la question la plus surprenante de la fiche, et l'exemple qu'elle retient. Avant cinq ans, un enfant a beaucoup de mal à inhiber une action en cours, parce que la partie du cerveau qui y contribue est encore très immature. Dire « ne cours pas » à un enfant qui court risque donc d'être entendu comme « continue de courir ». La formulation qui fonctionne mieux dit ce que l'on attend plutôt que ce que l'on interdit : « marche à côté de moi ».
Faut-il punir ou isoler un jeune enfant ?
La fiche répond par la négative, avec ses arguments. Un très jeune enfant ne comprend pas la raison du mécontentement de l'adulte et ne peut pas encore calmer seul ses émotions : il ne peut donc rien en tirer de constructif. Il risque en revanche de retenir les marques d'un stress important, surtout si la punition est intense ou répétée, et de voir fragilisé le lien d'attachement dont son développement a besoin.
La piste proposée est de prévenir le stress du tout-petit et de l'aider à apaiser ses émotions, par une bonne hygiène de sommeil et d'alimentation, et par des interactions fréquentes et de qualité. Un enfant sécurisé, conclut la fiche, s'en remet à l'expertise des adultes qui encadrent ses actes.
À quoi sert un attachement sécure ?
La fiche relie l'attachement sécure à plusieurs bénéfices pour le jeune enfant : mieux réguler ses émotions, explorer plus aisément son environnement, développer des comportements sociaux positifs. Une infographie pleine page, sous la forme d'un arbre, présente les racines de ce lien et ce qui en découle. Elle fait aussi le lien avec les compétences psychosociales qui « donnent des ailes » plus tard.
Pour les parents que ce sujet fait penser à leur propre histoire, l'article du numéro sur le poids de sa propre éducation propose une autre porte d'entrée.
Questions fréquentes
À partir de quel âge peut-on poser des limites ?
La fiche ne fixe pas d'âge : elle explique qu'un tout-petit accepte un interdit quand la relation est sécurisante, et d'autant mieux si on lui propose une alternative.
Pourquoi « ne cours pas » ne marche-t-il pas ?
Parce que la capacité à inhiber une action est encore peu développée avant cinq ans. Mieux vaut dire ce que l'on attend : « marche à côté de moi ».
Une punition peut-elle être utile à un bébé ?
Selon la fiche, non : il ne peut pas en comprendre la raison, et elle peut fragiliser le lien d'attachement.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'infographie « L'Attachement » en pleine page, avec les besoins qui nourrissent le lien et ce qu'il permet de développer.
- Les quatre bénéfices détaillés de l'attachement sécure chez le tout-petit.
- Les arguments sur le développement du lobe frontal et ses conséquences au quotidien.
- Les renvois vers les kits pédagogiques de l'association, avec leur code à flasher.
