Les écrans sont-ils mauvais pour le cerveau des enfants ?
Faut-il limiter les écrans à tant de minutes par jour ? Dans le n°2 d'Innovation en Éducation, Nicolas Poirel, professeur de psychologie du développement, propose de déplacer la question, études à l'appui.
Tiré du magazine · n°2Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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Pas en soi. Pour Nicolas Poirel, professeur de psychologie du développement à l'Université de Paris, interrogé dans le n°2 d'Innovation en Éducation, les écrans ne sont pas nocifs quand ils sont bien utilisés, et peuvent même rendre service. Ce qui fait la différence, selon lui, ce n'est pas tant la durée que le type d'activité, l'âge de l'enfant et la présence d'un adulte à ses côtés.
Une question souvent mal posée
L'entretien s'ouvre sur un constat qui bouscule le débat habituel. Selon Nicolas Poirel, une partie des résultats scientifiques qui circulent sur les écrans sont soit mal interprétés, soit présentés de manière incomplète. Il cite des travaux en neurosciences cognitives qui montrent des effets positifs de certaines activités, sur l'attention visuelle ou sur l'apprentissage de la lecture.
« L'important est donc le type d'activité effectué par l'enfant sur l'écran. »
Cette position ne revient pas à tout autoriser. Le chercheur le dit clairement : il n'encourage pas à laisser un enfant devant un écran aussi longtemps qu'il le souhaite. Il estime plutôt que la question du temps d'écran, posée de façon générale, mélange trop de choses pour avoir une réponse utile. Un dessin animé, un jeu d'action, une application de lecture ou une vidéo regardée seul n'ont pas les mêmes effets, et ces effets varient avec l'âge. Il porte un regard critique sur les durées maximales chiffrées qu'on voit souvent circuler, et explique pourquoi dans le magazine.
Pourquoi l'âge change tout
Le passage le plus instructif de l'entretien porte sur les plus jeunes. Nicolas Poirel y décrit une expérience menée avec des enfants de 6 ans et des adultes, à qui l'on apprenait les règles d'un petit jeu, soit en vidéo, soit en présence d'une personne réelle. Les résultats au test étaient bons dans les deux cas. Mais ce qui se passait dans le cerveau des enfants, lui, différait nettement selon la situation. Vous trouverez dans le magazine ce que les chercheurs ont observé, et ce que cela suggère sur la solidité d'un apprentissage fait devant un écran.
À l'inverse, il explique pourquoi les tablettes tactiles se distinguent de la télévision : elles permettent à l'enfant d'agir et lui renvoient immédiatement le résultat de son geste. Il donne l'exemple d'enfants de 4 ans apprenant à tracer des lettres, en ajoutant avec honnêteté qu'un autre support aurait peut-être donné le même résultat. Cette prudence traverse tout l'entretien et en fait la valeur : ni enthousiasme sans réserve, ni alarme.
L'attention conjointe, un levier simple
Pour s'orienter, Nicolas Poirel recommande les repères « 3-6-9-12 » proposés par le psychiatre Serge Tisseron, qu'il juge très bien construits. Il en retient notamment un principe pour les moins de 3 ans : un tout-petit apprend peu seul devant un écran, mais un dessin animé regardé avec un adulte qui commente et échange ne pose pas de problème. C'est ce que les chercheurs appellent l'attention conjointe, le fait de regarder la même chose ensemble et d'en parler.
« Mon conseil est simple : accompagnez votre enfant dans ce monde numérique, autant que possible. »
Ce conseil a l'avantage d'être à la portée de tous les parents. Il ne demande ni règle stricte ni matériel particulier, seulement de la curiosité pour ce que l'enfant regarde ou joue, et un peu de temps partagé. Le chercheur illustre l'effet de cette présence par une étude sur le vocabulaire des jeunes enfants selon les programmes qu'ils regardent, dont les chiffres surprennent. Nous vous les laissons découvrir dans le magazine.
Ce que l'on peut en retenir
Cet entretien a le mérite de sortir d'une opposition stérile entre les écrans « amis » et les écrans « ennemis ». Il rappelle qu'un écran est un support, dont l'effet dépend de ce qu'on y fait, à quel âge, et avec qui. Pour les parents, c'est une invitation à regarder le contenu plutôt que le seul chronomètre, et à rester présents. Pour les enseignants, c'est une incitation à choisir les outils numériques qui rendent l'élève actif.
Questions fréquentes
Combien de temps d'écran par jour pour un enfant ?
Pour Nicolas Poirel, professeur de psychologie du développement, la question posée ainsi n'a pas de réponse scientifique solide. Il invite à regarder plutôt le type d'activité, l'âge de l'enfant et la présence d'un adulte.
Un enfant de moins de 3 ans peut-il regarder un dessin animé ?
Selon lui, un tout-petit apprend peu seul devant un écran, mais regarder un dessin animé avec un adulte qui commente et discute ne pose pas de problème.
Qu'est-ce que l'attention conjointe ?
C'est le fait, pour l'adulte et l'enfant, de regarder la même chose ensemble et d'en parler. Elle permet de compenser une partie des effets d'un contenu et rend l'écran plus profitable.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'expérience comparant un apprentissage en vidéo et en présence réelle, et ce qu'elle révèle du cerveau de l'enfant de 6 ans.
- Pourquoi les durées maximales chiffrées ne convainquent pas le chercheur.
- L'exemple des tablettes pour apprendre à écrire les lettres, avec ses limites.
- L'étude sur le vocabulaire des enfants selon les dessins animés regardés.
- Le détail des repères 3-6-9-12 tel que le présente Nicolas Poirel.
n°2 · Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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