Comment faire de l'erreur une alliée pour apprendre ?
L'erreur est au cœur de l'apprentissage, à condition de savoir la lire. Deux orthophonistes présentent l'Oupsologie, un concept venu du Québec pour distinguer les types d'erreurs et y répondre avec précision.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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L'erreur devient une alliée quand on cesse de la voir comme une faute pour la traiter comme une information. Encore faut-il comprendre d'où elle vient : un enfant qui se trompe parce qu'il n'a pas vu un détail n'a pas besoin de la même aide que celui à qui il manque une connaissance, ou que celui qui va trop vite. L'Oupsologie propose justement de qualifier chaque erreur, puis d'y répondre au plus près, en aidant l'enfant à comprendre sa propre façon d'apprendre.
C'est la démarche que présentent Julie Dossini et Valérie Castelain-Lévêque, orthophonistes, dans le n°8 d'Innovation en Éducation. Le concept qu'elles décrivent a été développé par Pierre-Paul Gagné, psychologue canadien.
Pourquoi l'erreur est-elle au centre de l'apprentissage ?
Les autrices partent des quatre grands facteurs de réussite d'un apprentissage identifiés par les sciences cognitives, notamment par Stanislas Dehaene : l'attention, l'engagement actif, le retour d'information et la consolidation. Être attentif et actif ne suffit pas. Le cerveau fait sans cesse des prédictions, et il a besoin d'un retour pour savoir s'il a vu juste et s'ajuster. L'erreur, et la façon dont on la corrige, sont donc au cœur du processus.
« Le signal d'erreur et son traitement sont donc fondamentaux dans les processus d'apprentissage. »
Combien d'erreurs faut-il pour bien apprendre ?
Ni trop, ni trop peu. Les autrices rapportent des travaux cités par Steve Masson, selon lesquels une modélisation situe la proportion idéale autour de 85 % de réussite pour 15 % d'erreurs. Trop d'échecs découragent ; trop de facilité ennuie. Tout l'enjeu est de proposer des activités dans ce que Vygotski appelait la zone proximale de développement, assez proches de ce que l'enfant sait faire pour qu'il s'y engage, assez exigeantes pour qu'il progresse.
Deuxième condition : le retour doit venir vite, et être précis. Corriger au plus près de l'erreur, en expliquant le mécanisme à modifier, est plus utile qu'une correction tardive et globale.
Quels sont les différents types d'erreurs ?
C'est le cœur de l'Oupsologie. Les autrices décrivent quatre familles d'erreurs, chacune avec des exemples tirés de l'école et de la vie quotidienne, et des pistes de remédiation. En voici deux.
Les erreurs d'attention. Le cerveau bascule en pilote automatique, et l'enfant réagit par réflexe. On le reconnaît à sa réaction quand il s'en aperçoit : « Ah, je n'avais pas vu ! ». Une erreur de signe dans une opération posée en est un exemple typique, tout comme le trajet que l'on fait par habitude vers le travail alors qu'on devait aller ailleurs. La piste proposée consiste moins à corriger qu'à relancer l'exploration : demander à l'enfant de décrire ce qu'il voit, pour qu'il repère lui-même l'élément qui lui avait échappé.
Les erreurs de compréhension. Il manque une connaissance, ou l'enfant ne pense pas à mobiliser celle qu'il possède. Un verbe mal conjugué faute de connaître ses terminaisons, un calcul faux faute de maîtriser ses tables. Ici, interroger l'enfant sur les connaissances nécessaires à l'exercice, et revoir la leçon ou s'appuyer sur un aide-mémoire, sera plus efficace que de lui demander de « faire attention ». Les autrices comparent la situation à une recette que l'on voudrait réussir sans en avoir les ingrédients.
Les deux autres familles, celle de l'enfant qui pourrait réussir mais va trop vite, et celle de l'enfant qui se trompe de chemin faute de stratégie, sont détaillées dans le magazine, avec leurs remédiations pas à pas.
Quel rôle joue la métacognition ?
Elle est indispensable, selon les autrices. Savoir comment on apprend, repérer ses propres pièges, comprendre pourquoi on s'est trompé : c'est ce qui permet à l'enfant de prendre progressivement le contrôle de ses apprentissages.
« Le fait de connaître son propre fonctionnement […] est un des moyens les plus efficaces pour progresser […] »
Elles posent une condition : que cet accompagnement soit mené par un adulte averti, de façon précise et dans un climat bienveillant. Pour un enfant, comprendre d'où viennent ses erreurs apporte une grande sécurité. Le même numéro aborde cette idée sous d'autres angles, avec la neuropsychologue Annie Sanscartier ou avec les élèves chercheurs d'une classe de CE2-CM2.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'Oupsologie ?
C'est un concept développé par le psychologue canadien Pierre-Paul Gagné : il consiste à analyser le type d'erreur commise par l'enfant pour lui apporter la correction la plus adaptée, en s'appuyant sur la métacognition.
Est-il bon qu'un enfant fasse des erreurs ?
Oui, dans une certaine mesure. Les travaux cités dans l'article situent l'idéal autour de 15 % d'erreurs : assez pour apprendre, pas trop pour ne pas se décourager.
Comment réagir à une erreur d'inattention ?
Plutôt que de dire « fais attention », les autrices proposent de demander à l'enfant de décrire ce qu'il voit, pour qu'il repère lui-même l'élément qui lui avait échappé.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre familles d'erreurs de l'Oupsologie, avec des exemples scolaires et quotidiens.
- Des pistes de remédiation précises pour chacune, formulations comprises.
- Un exemple pas à pas pour accompagner la conjugaison d'un verbe.
- Les références scientifiques qui fondent la démarche.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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