Pourquoi un ado perd-il sa motivation, et comment la réveiller ?
Plus l'adulte insiste, plus l'adolescent se ferme. Dans le n°32, Anne-Claire de Pracomtal propose de comprendre ce qui éteint l'élan avant de chercher à le rallumer.
Tiré du magazine · n°32Mal-être à l'école : des solutions existent !
Voir ce numéro
Un élève autrefois curieux devient silencieux, les devoirs traînent, les « à quoi bon » remplacent l'élan. Face à cela, les adultes s'inquiètent, insistent, et l'adolescent se ferme davantage. Pour Anne-Claire de Pracomtal, cofondatrice de la plateforme IAMSTRONG, le problème n'est pas un manque de volonté : l'élan s'éteint pour des raisons que l'on peut comprendre, et que l'on peut accompagner.
Dans le n°32 d'Innovation en Éducation, consacré au mal-être à l'école, elle s'adresse aux parents et aux enseignants. Son propos est simple : l'adolescent n'a pas moins de potentiel, il traverse une phase où une grande partie de ses ressources est mobilisée par sa propre transformation.
Pourquoi la motivation semble-t-elle s'éteindre à l'adolescence ?
L'autrice commence par le corps, avant même de parler d'école. La croissance s'accélère, les hormones fluctuent, le rythme de sommeil se décale : l'adolescent s'endort plus tard mais doit se lever tôt, et la dette de sommeil s'installe. Un cerveau fatigué se mobilise moins et s'irrite plus vite. Elle ajoute un bouleversement psychologique : l'identité se construit, le regard des pairs devient central, tandis que le cerveau émotionnel est très actif et que les fonctions de régulation et d'anticipation sont encore immatures.
Dans ce contexte, l'école peut passer au second plan, non par désintérêt de fond, mais parce que l'essentiel se joue ailleurs.
« L'adolescent n'a pas moins de potentiel ; il traverse simplement une phase où une grande partie de ses ressources est mobilisée par sa propre transformation. »
Les encouragements à « faire un effort » aident-ils vraiment ?
Les adultes ont de bonnes raisons de rappeler les enjeux, et l'intention est légitime. L'autrice relève pourtant qu'un adolescent à l'estime fragile entend surtout de la déception, et qu'une pression même bienveillante peut renforcer la peur de ne pas être à la hauteur. Elle propose de remplacer l'évaluation par l'exploration, en posant des questions ouvertes plutôt qu'en rappelant les résultats.
L'exemple concret qu'elle donne porte sur les mots. S'appuyant sur les travaux de Carol Dweck, elle explique que souligner l'effort et la persévérance développe davantage de confiance que de féliciter les seules capacités. Dire « Je vois que tu t'es accroché malgré la difficulté » a souvent plus d'impact que « Tu aurais pu avoir mieux ».
Que répondre au « à quoi ça sert ? »
Anne-Claire de Pracomtal y voit une question existentielle légitime plus qu'une posture d'opposition. À un âge où l'on cherche qui l'on est, interroger l'utilité de ce qu'on apprend est même plutôt sain. Beaucoup d'adolescents ne manquent ni d'intelligence ni de capacité de travail, mais de sens et de projection. L'article propose de relier les apprentissages à des compétences concrètes et aux centres d'intérêt du jeune, sans chercher à définir tout de suite une vocation.
Faut-il lâcher le cadre pour retrouver la motivation ?
Pas du tout, et l'autrice écarte aussi bien la rigidité que le laxisme. Elle décrit une troisième voie, le cadre coopératif : des repères stables sur le sommeil, les écrans ou l'engagement attendu, avec une marge de choix pour l'adolescent. On s'engage plus facilement dans ce que l'on a contribué à décider. Le lien compte autant : des moments partagés, hors du cadre scolaire, restaurent une sécurité émotionnelle qui est la condition de tout apprentissage.
« La motivation se reconstruit dans un climat de confiance, pas sous la contrainte. »
Questions fréquentes
Mon ado ne fait plus rien : est-ce de la paresse ?
Selon l'autrice, c'est rarement le cas. Fatigue, changements du corps, émotions et quête de sens mobilisent beaucoup d'énergie. La perte de motivation est souvent un signal, celui d'un besoin de sens, de repères, de repos ou de soutien.
Les récompenses et les notes sont-elles un bon levier ?
Elles peuvent accompagner le mouvement, dit l'article, sans en devenir le moteur. L'effort et la progression nourrissent davantage la motivation durable.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les mécanismes du corps et du cerveau qui expliquent la baisse d'élan : hormones, sommeil, posture, attachement.
- Des phrases d'adultes qui enferment l'adolescent, et d'autres qui l'ouvrent.
- La différence entre soutenir l'effort et soutenir la performance, avec les travaux de Carol Dweck.
- Les repères du cadre coopératif : sommeil, écrans, devoirs, marge de choix.
- Un encadré de cinq astuces simples pour remotiver son ado.
