Faut-il bouger pour mieux apprendre ?
Rester assis et immobile pendant des heures n'aide pas forcément le cerveau. Une professeure d'activités physiques adaptées, formée à la neuroéducation, plaide pour remettre le corps au cœur des apprentissages.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Oui : le cerveau apprend avec le corps, pas malgré lui. Toutes les informations qu'il traite lui parviennent par les sens, et c'est en agissant, en manipulant, en se déplaçant que l'enfant les relie entre elles et les mémorise durablement. Le mouvement nourrit le développement moteur, mais aussi la vie émotionnelle, sociale et intellectuelle. Lui faire une place, à l'école comme pendant les devoirs, revient à travailler avec le cerveau plutôt que contre lui.
C'est la thèse que défend Adjetey Agnélé dans le n°8 d'Innovation en Éducation. Professeure d'activités physiques adaptées, consultante en réorganisation neuro-fonctionnelle et coach en neuroéducation, elle a fondé l'Institut Equilibre et Santé et accompagne aussi bien des élèves que des sportifs ou des personnes en situation de handicap.
Pourquoi le cerveau a-t-il besoin du corps ?
L'autrice décrit le cerveau comme un chef d'orchestre qui reçoit en permanence des informations de l'intérieur et de l'extérieur du corps, et ajuste nos réponses. Sans les innombrables capteurs du corps qui l'alimentent, il ne pourrait pas jouer ce rôle. Les réseaux de neurones se font et se défont sans cesse selon l'usage, et c'est cette plasticité qui permet d'apprendre toute la vie.
Le tout-petit le montre d'emblée : il bouge sans arrêt, avec un plaisir évident, et c'est par le mouvement qu'il entre en relation, construit son corps, puis sa pensée.
« Sans mouvement, pas de cerveau ! »
Qu'est-ce que l'intégration neurosensorielle ?
C'est le cœur scientifique de l'article. Nos sens captent en continu des stimulations ; les nerfs les transmettent au cerveau, qui les trie selon leur importance et propose une réponse adaptée. Avec la répétition, ces circuits s'automatisent et deviennent mémoire à long terme. Selon l'autrice, l'apprentissage commence donc dans le corps : un schéma corporel clair, un bon équilibre et une latéralisation bien installée en sont les fondations.
Elle s'appuie sur les travaux de la neurologue Régine Zekri Hurstel, qu'elle résume ainsi :
« Lire, écrire, compter et écouter s'apprennent d'abord et par le corps. »
D'où l'invitation à solliciter les cinq sens, et pas seulement les yeux et les oreilles.
Comment faire bouger les élèves dans une classe pleine de tables ?
Adjetey Agnélé constate que notre culture a longtemps opposé le corps et l'esprit, comme si bouger nuisait à la réflexion. Elle ne met pas en cause les enseignants, qu'elle juge peu formés sur ce sujet, mais l'organisation même des journées, où l'élève reste longtemps assis et silencieux.
Ses propositions pour la classe sont graduelles : réduire les temps assis, varier les approches en jouant sur la motricité, la parole et les sens, investir l'espace pour travailler en petits groupes, et pourquoi pas sortir de l'école vers la nature. Elle insiste sur la cour de récréation, et cite une étude sur le lien entre le jeu dans la cour et les résultats scolaires. Sa piste principale reste la formation des enseignants à la neuropédagogie : le magazine développe ce plaidoyer.
Et à la maison, pendant les devoirs ?
L'autrice commence par une phrase qui fera du bien aux parents : ne culpabilisez pas si ce moment est difficile. C'est la fin de la journée, chacun a fait de son mieux, et l'indulgence passe avant tout.
Elle propose ensuite quatre conseils. Deux d'entre eux suffisent à donner l'esprit. D'abord, commencer par jouer : après une longue journée immobile, un passage au parc pour courir et se dépenser librement aère le cerveau et relâche le stress. Ensuite, bouger en révisant : quelques mouvements, une petite chorégraphie ou une leçon relue à voix haute en marchant aident à mobiliser l'attention. Les deux autres conseils, sur les rituels et sur la manière de rendre le savoir plus concret, sont dans le magazine.
La neuropsychologue Antoinette Raucent fait le même constat dans ses dix conseils pour les devoirs : certains enfants ont besoin d'être en mouvement pour apprendre. Et le lien entre jeu et apprentissage est approfondi dans l'article consacré au jeu et aux neurosciences.
Questions fréquentes
Un enfant qui bouge beaucoup peut-il bien apprendre ?
Oui, selon Adjetey Agnélé : le cerveau a besoin des informations que lui envoie le corps, et le mouvement aide à mémoriser durablement. L'enjeu est de canaliser ce besoin plutôt que de l'empêcher.
Comment intégrer du mouvement pendant les devoirs ?
L'autrice conseille de commencer par un temps de jeu libre après l'école, puis de bouger en révisant : quelques mouvements, une leçon relue à voix haute en marchant, des révisions bien réparties dans la semaine.
Qu'est-ce que l'intégration neurosensorielle ?
C'est le processus par lequel le cerveau reçoit les informations des sens, les trie et produit une réponse adaptée. Avec la répétition, ces circuits s'automatisent et deviennent mémoire.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le fonctionnement de l'intégration neurosensorielle, et ce qui se passe quand elle se dérègle.
- Des pistes pour faire bouger les élèves en classe, et le rôle de la cour de récréation.
- Le plaidoyer de l'autrice pour former les enseignants à la neuropédagogie.
- Ses quatre conseils pour intégrer le mouvement aux devoirs et aux révisions.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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